Une société clivée se prépare pour le Référendum

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En Nouvelle-Calédonie, une ile du Pacifique Sud située à deux heures d’avion de Sydney et d’Auckland, cohabitent plusieurs populations: les Canaques, qui vivent le plus souvent en tribu; les Caldoches, descendants des bagnards; les « zoreilles », venus de France; les Calédoniens nés en Calédonie mais qui ne sont pas caldoches; les communautés vietnamiennes, wallisiennes, vanuataises, tahitiennes…

Pourtant, fin 2018, cette collectivité française de près de 160 000 habitants au statut particulier (elle bénéficie d’un très large transfert de compétences de la Métropole) devra se prononcer sur son indépendance.

Article paru dans la Revue Québécoise Nouveau Projet

Ce référendum d’autodétermination, prévu au plus tard en novembre, est l’aboutissement d’un long processus de négociation, qui remonte à 1975. À cette époque, les Canaques, peuple premier de l’ile, estimaient être les seuls à pouvoir décider de leur avenir. Quarante ans après, à quelques mois du scrutin, la situation n’est pas encore très claire, mais un accord historique a été trouvé à Paris pour élargir le corps électoral : les 11 000 natifs « identifiés» sont désormais inscrits d’office sur les listes référendaires.

Mais pour les électeurs—inscrits ou non—, l’idée même de l’indépendance n’est pas for- cément majoritaire. À mesure que le scrutin se rapproche, les discussions sont de plus en plus vives. Certains s’interrogent sur le futur accès à la santé, aux universités métropolitaines, au programme Erasmus européen, au minimum salarial, aux conditions de la retraite… Le territoire s’appuie aujourd’hui sur ses ressources en nickel, mais pour combien de temps encore? De plus en plus concurrencée à l’international, l’une des trois usines de l’ile menace de fermer. Par ailleurs, beaucoup d’habitants des pays voisins indépendants, comme le Vanuatu, viennent aujourd’hui trouver du travail en Nouvelle-Calédonie.

Lors de ses vœux pour l’année 2018, le Haut- Commissaire, représentant de l’État français en Nouvelle-Calédonie, se voulait fédérateur. « Ce qui vous rassemble est plus solide que ce qui vous sépare», a-t-il déclaré. L’avenir le dira.