Tahiti : A bord d’un caboteur

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Dix-huit heures. J’embarque sur le Saint-Xavier Maris Stella IV au port de Papeete, à Tahiti. Les marins sont attablés avant d’entamer leur traversée nocturne vers l’archipel des Tuamotu. On m’observe. Seule femme à bord d’un navire de travail. Les regards sont rudes mais les accolades, sincères. La nuit passe.

Article paru dans le magazine Québécois Nouveau Projet 

Dès l’aurore, après un petit déjeuner café- pain-beurre, nous arrivons dans le lagon bleu azur de Tikehau. Les requins nagent à la proue du navire. Bon présage. Le navire sur lequel j’ai embarqué est un caboteur : il vogue d’ile en ile pour transporter marchandises et passagers.

Les marins sont à pied d’œuvre. Le maitre d’équipage prépare les haussières qui per- mettent d’amarrer le navire au quai. Il chante sous le soleil de plomb polynésien. Sur les rives, tout un système économique se met en place à l’approche de la goélette. Aujourd’hui, elle apporte des pelleteuses, des grues et des sacs de ciment pour la réfection de l’aéroport de Tikehau. Le déchargement dure la matinée.

Le navire repart les cales pleines de copra, l’enveloppe de la noix de coco qui sert à fabri- quer le célèbre monoï—c’est la première chose à savoir, en Polynésie : la fleur de monoï n’existe pas ! L’onguent parfumé résulte plutôt d’un mélange d’huile de coco et de fleurs de tiaré ou de frangipanier. De nombreux habitants ont également payé pour que le poisson pêché le matin soit envoyé à leur famille de Tahiti. « Sur le marché de Papeete, tout est plus cher », me confie un pêcheur. Il est midi, nous levons l’ancre. Pas question d’être en retard pour le déchargement suivant, dans un autre atoll de l’archipel.

La journée touche à sa fin quand nous mettons à nouveau cap vers Tahiti. Les marins m’invitent à partager leur repas. La tante du capitaine a préparé un poe potiron avant le départ, un des- sert à base de lait de coco et d’amidon. Certains profitent des dernières lueurs du jour pour appeler leur famille, faire des blagues ou me poser des questions sur la vie sur la terre ferme. Au son des vagues, ils lavent ensuite le navire de fond en comble. Avant, enfin, de profiter de quelques heures de repos.